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Risques technologiques, Kourou

Session

Réponses aux risques technologiques

en situation d’éloignement

 

Kourou, 4 et 5 novembre 2015

A la demande du Centre Spatial Guyanais (CSG) et du Centre Médico-chirurgical de Kourou (CMCK) la SFMC a organisé une session de médecine de catastrophe consacrée aux risques technologiques en situation d’éloignement, d’insularité et à leur couverture.

Un groupe d’adhérents locaux et de personnes impliquées a permis de mobiliser un comité d’organisation transatlantique entraîné localement par le Dr Martine Papaix-Puech (membre SFMC n° 1490) et constitué des Drs et Mrs Béatrice Bouvet, Gerald Egmann, Christophe Hackett, Olivier Kleitz (mbre n° 1238) , Jean Laversanne (CA SFMC n° 1236), Olivier Martin, Jean-Pierre Trinchero, C’est ainsi que l’ensemble des services concernés ont participé au montage de ces journées : le CMCK, la Croix-Rouge, le SAMU, le SDIS, le CSG, l’UES du CSG.

La même semaine, une formation d’ingénieurs et de responsables de sécurité au management de crise a été organisée par le CSG. L’idée a été d’associer ces spécialistes aux personnels de santé à la partie théorique de la 1ère journée, à l’exercice, afin que les médecins rencontrent les ingénieurs et réciproquement et provoquer un échange de culture sur ce sujet. D’autant plus important que l’ensemble de ces métiers et ces compétences seraient mobilisées lors d’une catastrophe.

Plusieurs temps ont été retenus :

  • – une matinée théorique pour présenter la médecine de catastrophe, l’analyse des risques locaux et les mesures de prévention et d’atténuation des risques.
  • – une après-midi consacrée à des aspects actuels du relevage des blessés contaminés : toxicologie et damage control, et quatre ateliers : EPI , perfusion intra-osseuse, décontamination oculaire, communication et catastrophe.
  • – un exercice ayant pour thème : chute d’un ULM lors du fête d’aéroclub avec explosion et épandage d’ammoniac provoquant 30 victimes. Exercice suivi d’un débriefing.

129 participants ont été comptabilisés par le portique à l’entrée de la salle Jupiter 2 où s’est déroulée la matinée théorique.

Les 129 auditeurs en salle Jupiter 2 du Centre Spatial Guyanais

7 adhérents métropolitains de la SFMC ont traversé l’Atlantique pour participer au colloque : six médecins et un pharmacien, des personnels de santé sont venus de la Martinique, de St Martin, de l’intérieur de la Guyane de  Cayenne situé à 60 km et de St Laurent du Maroni éloigné de près de 200 km.

29 personnels ingénieurs, personnels de sûreté et de sécurité en cours de formation au management des crises dispensé sous l’autorité de P. Lagadec ont également participé à la matinée théorique, à l’exercice et à son débriefing.

L’ouverture de la session a été assurée par Mrs Jan Droz représentant le Directeur Gl du CSG Mr Bernard Chemoul, Christophe Hackett Directeur général du CMCK co-initiateurs et co-supporter du colloque, ainsi que par le Président de la SFMC. Le général Boutinaud, commandant la BSPP présent à Kourou nous a fait l’honneur de prononcer également quelques mots.

Durant la matinée pratique ont été abordés les sujets suivants :

Sous la résidence du Cl Felix Antenor-Habazac, directeur du SDIS 973 et du Dr M. Papaix-Puech médecin chef du pôle urgence du CMCK :

  • – Risque technologique et médecine de catastrophe en situation d’éloignement par le Dr H. Julien, afin de bien définir l’état de catastrophe, la notion de risque technologique et les conséquences de l’éloignement sur l’organisation des secours.
  • – Cartographie des risques en Guyane par Mme E. Ermont de la Direction de l’environnement et de l’aménagement et du logement, qui a brossé le panorama des risques présents dans le département en insistant sur les risques technologiques : TMD, sites classés SEVESO…
  • – Risques technologiques au Centre Spatial Guyanais par Mr JP. Trinchero qui a présenté les risques présentés par l’activité du CSG dans son emprise et dans ses abords ainsi que les précautions prises pour limiter les aléas accidentels.
  • – Gestion de crise en région éloignée, une nécessaire coordination interservices par Mr F. Clot de l’état major interministériel de crise de la Zone de Défense de Guyane qui a présenté et explicité les différents plans de prévention et de traitement des aléas catastrophiques guyanais en insistant sur la nécessaire mutualisation et mise en coordination des moyens disponibles en regard des délais nécessaire à l’arrivée de renforts extérieurs, des îles françaises caraïbes ou de la métropole.
  • – Gestion des urgences collectives en Guyane, présentée par le Dr G. Egmann, médecin chef du SAMU 973 de Cayenne. Le Dr Egmann a insisté sur la limite des moyens propres de la Guyane, l’étendue du département et la relative dispersion des populations, les difficultés de déplacement et de contact par les moyens de transmission classiques, la nécessité de faire appel à des moyens d’évacuation aériens tant à l’intérieur de la Guyane que vers l’extérieur.

Après une courte pause café et sous la présidence du MCS D. Belleoud, DIASS de Guyane et de Jan Droz, Directeur adjoint du CSG, les travaux ont repris en salle Jupiter :

  • – Les principes d’organisation des secours pour accident chimique, par  le Cne L. Onillon, commandant le détachement (UES) de la BSPP au CSG. Le rappel de la circulaire 700 de ses principes et de son évolution, l’organisation des différentes zones et leur signification opérationnelle, les méthodes de décontamination et de protection des personnels ont fait l’objet d’une actualisation et d’une application aux aléas locaux.
  • – Les principes de médicalisation d’urgence de victimes NRBC-E en nombre, par le Pr JP Auffray de l’Université Aix-Marseille ont été rappelés : nécessité de protection des intervenants et respects des consignes de sécurité, médicalisation la plus précoce possible en se limitant au strict nécessaire, utilisation des techniques et moyens les plus avancés.
  • – Le rôle de la Croix-Rouge lors de la gestion d’un afflux de victimes a été présenté par Mr C. Talmet de Direction des urgences et du secourisme de la Croix Rouge Française. Ont été présenté le haut niveau de préparation en personnels et en matériels, leur prédisposition sur le territoire national et leur capacité de projection. L’importance de préparation de la population aux aléas catastrophiques a été rappelée afin de majorer son niveau de réponse et de résilience.

Après une pause collation servie sur place au rez-de-chaussée du bâtiment Jupiter, l’ensemble des personnels de santé se sont dirigés vers la salle de cinéma du 3ème REI de Kourou mis aimablement à notre disposition grâce à l’intervention d’O. Kleitz.

Plus de 70 personnels de santé ont pu ainsi écouter deux key notes :

  • – Toxicologie industrielle pour le médecin non spécialiste :Toxidromes et Antidotes traités par le Pr JP Auffray de l’Université Aix Marseille qui a présenté et commenté les tableaux présentant les tableaux cliniques d’intoxication accidentels aigus par les toxiques industriels et les mesures thérapeutiques qui peuvent être prises en urgence.
  • Damage Control par le Pr JP Tourtier, médecin chef de la BSPP qui a souligné l’importance de ce nouveau concept dérivé du damage control chirurgical appliqué à la médecine de réanimation pré-hospitalière : le damage control ressucitation l’importance et les moyens de contrôle de l’hémorragie, la lutte contre l’hypothermie et l’acidose, les modalités et limites du remplissage ont été développés.

Dans les locaux de l’infirmerie du 3ème REI ont été organisés quatre ateliers suivis en rotation par plus de 64 personnels de santé médecins et infirmiers :                   

  • – EPI animé par J. Laversanne qui a présenté les indications et limites des différents masques de protection respiratoires et les tenues de protection chimique utilisées par les personnels de santé en intervention,
  • – Atelier perfusion intra-osseuse animé par le Dr N. Barthès, médecin chef du 3ème REI qui en a présenté les indications et les limites et permis aux auditeurs de pratiquer la mise en place d’un trocart intra-osseux grâce au matériel de démonstration mis gracieusement en place par la société Téleflex.
  • – Conduite à tenir devant un œil ayant reçu une projection de produit chimique, atelier avec une mise en situation très réaliste et particulièrement interactif animé par le Dr Gérard, ophtalmologue de l’hôpital de Cayenne.
  • – Communication et catastrophe dont les principes ont été rappelés par L. Abriat dont l’expérience au sein du HCFDC et la DSC a rendu l’atelier riche de conduites à tenir et d’écueils à éviter, tout en rappelant la nécessite de tenir compte de l’existence des interlocuteurs inévitables que sont les médias.

Le lendemain s’est déroulé un exercice avec deux pôles nécessairement complémentaires dont le thème secours et soins a été le suivant : un ULM chargé d’ammoniac chute sur des participants à une fête aéronautique sur le terrain de l’Aéroclub de Kourou, distant de 7 à 8 km environ du centre médical de Kourou, le CMCK où les victimes vont être accueillies. 30 victimes blastées, brûlées, blessées et contaminées dont 10 UA. Convention de manœuvre précisée par le Dr J. Laversanne.

Cet exercice avait trois points forts :

  • – sur le terrain le relevage, la décontamination d’urgence, le traitement et l’évacuation de 20 des victimes. Ce sont 82 sapeurs de l’UES qui ont animés ce pôle : premiers engins pompes et VSAV qui ont contrôlé le feu et l’épandage, organisé le rassemblement des victimes, déshabillé les valides et décontaminé au jet les présents. La mise en place d’une unité de décontamination sous le vent en zone indemne a permis de passer sous la douche les victimes non encore décontaminées avant leur traitement médical dans le PMA déployé à la demande du premier DSM joué par le Dr B. Bouvet sous les yeux du Gl commandant et du médecin chef de la BSPP présents.
  • – la convention de manœuvre prévoyait que 10 victimes contaminées avaient été évacuées non décontaminées par des témoins vers l’hôpital du secteur le CMCK. Ce dernier dispose de deux chaînes de décontamination, valides et invalides afin d’assurer conjointement la décontamination des victimes et la protection de l’hôpital d’une éventuelle contamination de transfert. Dans ces chaînes organisées devant le service d’urgence, les victimes étaient conduites, décontaminées et protégées des regards par des bâches légères imperméables tendues sur des fils. Les personnels étaient protégés par les EPI adaptés (masque filtrants, tenues de protection chimique) placés sous la conduite du Dr O. Martin.
  • – Le plan blanc version C du CMCK a été déclenché afin de tester les mesures prescrites et leur niveau d’application. La cellule de crise a été développée dans un local de la pharmacie doté du matériel d’aide à la décision. Mme C. Bourgeois et le Dr M. Papaix-Puech ont animé la cellule sous le regard du Dr G. Egmann observateur.

Plus de 110 participants au colloque ont suivi l’exercice, quelque fois sur les deux pôles pourtant distants. Un débriefing de l’exercice, très animé a réuni tous les participant y compris une dizaine de plastrons salle Jupiter. Les différents acteurs des pôles et  plastrons ont décrit leur idée de manœuvre, les problèmes rencontrés et les choix qu’ils ont faits. La salle a participé très activement à la discussion qui de ce fait a été très enrichissante pour tous.

Une évaluation de l’ensemble des deux journées a permis aux participants d’en dégager les points faibles et les points forts avant que tous se dispersent après ces deux belles journées.

Première de la SFMC en Guyane qui a été une réussite incontestable tant par le nombre des participants que par leur participation et la qualité des interventions des orateurs.

Et c’est donc sur des remerciements sincères aux orateurs, aux animateurs et aux initiateurs et organisateurs de ce colloque MM JP. Trinchero et C. Hackett, les Drs M. Papaix-Puech et O. Kleitz auxquels se sont joints les Dr J. Laversanne, B. Bouvet et O. Martin sans lesquels ce colloque n’aurait pas vu le jour.

Seul regret, mais il est de taille : la fusée Ariane devait partir le 5 alors que la totalité des participants étaient présents, n’est partie que le 10 alors que nous étions revenus en métropole !

H. Julien