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Mission Madagascar

MISSION d’EVALUATION à MADAGASCAR

de Pompiers de l’Urgence Internationale (PUI)

du 15 au 21 mars 2015

La SFMC est très heureuse de donner la parole à un de ses membres qui revient de mission humanitaire à Madagascar à la population d’une grande pauvereté mais de grande dignité vivant dans une île exposée à de nombreux aléas nturels, technologiques et sociaux.

Pompiers de l’Urgence Internationale (PUI) est une petite O.N.G de 120 membres qui a été crée en 2005 par le Colonel Philippe Besson pour répondre à des missions de Sauvetage Déblaiement et premiers secours médicaux aux victimes de catastrophes naturelles (seismes, cyclones, inondations, etc). Elle comprend deux unités USAR de recherches de victimes en zone urbaine, des équipes cynophiles, des équipes médicales, avec de nombreux équipements comme par exemple une unité de potabilisation de l’eau, des moyens de transmission et de communication. Elle est agrée INSARAG par l’O.N.U depuis 2010 et déclenchée en première intention sur diverses situations catastrophiques. Elle a ainsi participé à des opérations de secours en Haïti, aux Philippines, en Bosnie, au Tadjikistan, au Paraguay, Madagascar et bien d’autres. Elle effectue également des actions d’évaluation et de formation.

Une CATASTROPHE à Madagascar

A l’initiative privée d’une personne malgache régulièrement en contact les membres de P.U.I, une alerte de situation catastrophique concernant des milliers de sinistrés sans abris a été adressée au Colonel Besson, Président de P.U.I.

En effet, une succession de cyclones et de pluies abondantes depuis janvier 2015 a entraîné des inondations dans tout le pays de Madagascar. Environ 60 000 personnes auraient été sinistrées et des glissements de terrain avec effondrement d’habitation auraient causé la mort de plusieurs personnes. Devant l’ampleur des dégâts annoncés et le peu d’informations à disposition, le Colonel BESSON a décidé d’envoyer une équipe d’évaluation de cinq membres P.U.I : 2 SP Spécialistes Sauvetage Déblaiement, un médecin SP Spécialisé SD (moi-même) et une infirmière urgentiste, un autre SP de Mayotte nous rejoignant sur place. Par ailleurs il a contacté l’ONG « SOS Attitude » qui a délégué un de ses membres sur place pour mettre à disposition de Madagascar 60 tentes pour sinistrés.

La mission d’une semaine a été centrée sur la capitale ANTANANARIVO, qui compte 10000 sinistrés à elle seule.

Nous avons été accueillis à l’aéroport par une délégation officielle du gouvernement, et Mme Souchaud à l’origine de la demande, afin de faciliter le dédouanement des tentes mais aussi pour marquer l’intérêt porté à notre démarche. Le tentes ne sont arrivées malheureusement que le lendemain mais la première journée a consisté à rencontrer les différents responsables malgaches de la gestion de cette crise. Le responsable du Bureau National de Gestion des Risques et Catastrophes (B.N.R.G.C) nous a dirigés vers un centre de rassemblement des sinistrés situé entre le centre ville et l’aéroport, en lisière des rizières sinistrées, à proximité d’un hôpital récent et d’un centre de l’armée, au niveau d’anciens abattoirs au lieu dit Andohatapenaka. En effet, la volonté du gouvernement malgache est de réunir l’ensemble des sinistrés dans ce lieu afin de gérer ai mieux leur prise en charge sanitaire, alimentaire, éducative et sécuritaire.

Grande promiscuité

Grande promiscuité

Hébergement provisoire

Hébergement provisoire

Accueil des autorités

Accueil des autorités

La première visite de ce site nous a fait une première impression très favorable en termes de création de camp de réfugiés très bien orchestrée par la Croix Rouge Malagasy et le BNGRC. Des tentes ont été implantées sur le site, avec une zone pour l’organisation, une pour la distribution alimentaire, plusieurs pour les hébergements en tentes fabriquées avec des bâches et des structures bois, une pour les sanitaires et toilettes, une pour l’éducation des enfants animée par l’UNICEF en cours de montage, une tente médicale pour les consultations. Mais très vite, les tentes surpeuplées (25 personnes de plusieurs familles dans des tentes de 8 m2, 80 personnes dans celles de 20m2), d’enfants souriants mais misérables, de parents accueillants mais exténués nous sont apparues comme à risque d’épidémies, de problèmes de promiscuité (agressions en tous genres).

Le village de tente

Le village de tente

Montage d'une des 60 tentes

Montage d’une des 60 tentes

Condition de vie sommaires

Condition de vie sommaires

Les 60 tentes apportées par « SOS International » ont été bienvenues. Une partie du terrain nous a été confiée : nous l’avons désherbé, mise en état et déblayé et remblayé afin d’y positionner ces tentes d’abris, conscients qu’elles pourraient dans un premier désengorger les premières. Nous avons été aidés par les personnes sinistrées elle-même puis par les jeunes militaires en service national dans la soirée puis la nuit. Au petit matin, 55 tentes étaient montées, 5 ayant été réservées comme futures tentes de consultation médicale. Le sourire des familles surprises par cette nouvelle ère d’habitation a été notre récompense L’inauguration a été faite de façon protocolaire avec les conseillers de Madame la Première Dame, Le préfet, les autorités, les responsables sanitaires gouvernementaux et de la Croix-Rouge.

Pour ce qui est de l’évaluation de l’hébergement des sinistrés, il est évident qu’il y a un besoin important en abris supplémentaires ; au niveau du site principal, 7000 personnes sont en attente, hébergées de façon précaire dans les gymnases et écoles de la ville, dans divers sites de fortune disséminés.

Evaluation de la situation sanitaire sur le plan médical et paramédical +/- aides aux soins des sinistrés :

Pour l’évaluation sanitaire, nous avons, été invités à participer au Cluster Médical du site avec les personnalités gouvernementales du ministère de la Santé (Santé publique, Epidémiologie, Hygiène) et intervenants médicaux au sein des services d’Urgences, des centre de consultation du site principal, des districts de Antananarivo, des O.N.G (comme Médecins du Monde) ; cette réunion a permis d’avoir une vue d’ensemble de la situation sanitaire présente et à venir :

  • la visibilité sanitaire sur les 3539 sinistrés hébergés sur le site d’Andohatapenaka est assez claire ; des soins de prévention et de dépistage sont prodigués ; une tente médicale abrite une consultation journalière avec 6 médecins et paramédicaux, gratuits avec un carnet de santé pour le suivi ; les moyens médicaux sont centralisés sur le site principal ; une distribution alimentaire gratuite est mise en place ;
  • La tente médicale    Joie dans le nouvel habitat
  • Par contre, elle ne l’est pas pour les nombreux camps de sinistrés sur différents sites d’Antananarivo car, malgré les directives gouvernementales, de nombreux sinistrés persistent à rester sur des sites isolés comme Akurundan, Ambodivoanjo, Andondra, Soavimasoandro, Ankaditoho, Fokontany et encore bien d’autres disséminés sur les digues des rizières, dans des abris de fortune, avec un suivi sanitaire quasiment impossible à contrôler . La priorité a été fixée de recenser le nombre de personnes regroupées sur chaque site, certains étant évalués de 600 à 2700 personnes ; la possibilité de leur faire quitter ces lieux apparait incertaine aux médecins et l’urgence est à la veille sanitaire car le risque d’épidémie est grand ; une fois le recensement terminé (objectif lundi 24 mars), une redistribution des médecins est envisagée ;
  • En terme de besoins, il manque des lieux pour consulter à l’abri et des médicaments de base, surtout pour les adultes (l’UNICEF en a fourni pour les enfants). Médecins du Monde met à disposition un lot de médicaments pour 1000 personnes pour 3 mois et assure le suivi de quatre sites ; une demande de moyens pharmaceutiques va être adressée au gouvernement malgache ; l’O.N.G « SOS Attitude » met à disposition cinq tentes pour les consultations au niveau des sites, qui seront installées par « P.U.I ». Nous sommes donc allés sur place pour évaluer le besoin en tentes médicales et avoir une idée de l’état sanitaire des sinistrés. Le constat est à la hauteur du sinistre : les populations en état de pauvreté avant la catastrophe sont devenues sinistrées mais surtout misérables ; elles ne peuvent plus subvenir à leurs besoins de base (hébergement, nourriture, etc.). A peine un repas par jour, peu d’accès à l’eau potable, développement de dermatoses/humidité, insuffisances respiratoires aigües, troubles digestifs,… l’émergence d’épidémies dans ces camps et ces sites est à craindre fortement.

De plus une crise alimentaire pourrait arriver dans les mois à venir car la récolte de riz n’aura pas lieu ; la Banque Alimentaire Mondiale devrait être sollicitée.

Compte tenu du temps imparti, il ne nous a pas réellement été possible de « visiter » les centres hospitaliers d’Antananarivo, mais , à l’occasion de la prise en charge inopinée d’une victime d’accident de la route (poids lourds renversé sur la chaussée) , nous avons pu constater l’absence de structure d’appel d’urgence et de transport de victime, les conditions d’accueil précaires aux urgences de l’hôpital central, et la prise en charge de la victime sous tendue aux moyens financiers de celle-ci (pose de perfusion si et seulement si financement effectué). L’hôpital qui jouxte le site d’Andohatapenaka est neuf et ouvert, mais ne peut accueillir réellement de patient faute de matériel (lits, matériel de soins, etc.). Une femme en travail dystocique a dû être transférée du camp au centre ville.

Evaluation de l’ampleur des inondations et ses conséquences (risques de glissement de terrain, éboulement d’habitats,…) :

L’évaluation des inondations a été effectuée par les trois Sapeurs Pompiers PUI pendant que nous faisions la nôtre au niveau sanitaire;

– Inondations : Malgré la baisse du niveau d’eau il y a encore des habitations dans l’eau et des accès à d’autres habitations se faisant par barques. Le niveau d’eau diminue progressivement grâce à une météo favorable ce qui devrait nous amener vers un retour normal dans les prochaines semaines. La conséquence à craindre est un risque d’épidémie car les personnes persistent à vivre dans ces habitations inondées.

– Eboulement : l’origine de l’éboulement d’un bloc de falaise est due à des infiltrations dans la carrière au niveau supérieur : il présente en effet de nombreuses cuvettes qui s’infiltrent dans une roche argileuse et granitique. Les intempéries depuis la mi-janvier ainsi que l’érosion naturelle ont provoqués le décrochage d’une partie de la falaise faisant 6 victimes décédées. Une purge à l’explosif a été réalisée pour sécuriser la zone et des habitations évacuées. Le responsable du chantier Mr Lalah Andriamirado, docteur en géologie et chef de service auprès des centres opérationnel du BNGRC nous a demandés un conseil au point de vue sécurité et d’éventuelles solutions à apporter. Nous lui avons conseillé de commencer le déblai par le haut afin d’éviter des chutes sur les ouvriers se trouvant en bas et éventuellement l’usage d’une sonnette. L’accès aux engins étant impossible pour réaliser le dégagement des blocs, nous lui avons conseillé de faire appel aux carriers afin de casser les blocs. Concernant un moyen de protection contre les chutes futures de blocs, plusieurs solutions sont possibles : Mettre en bas de la falaise des murs de gabions, un filet métallique, l’implantions de végétaux. Les falaises sur ce site présentent un danger dans les années à venir, connu par le BNGRC. Des glissements de terrains peu importants sont visibles dans le secteur visité.

Conclusion

Pour conclure, cette mission a été très bien accueillies par les autorités et différentes personnes rencontrées à quel que niveau que ce soit. La très bonne collaboration avec Les autorités officielles, Mme la conseillère de la grande dame, et ses autres conseillères ; le BNGRC, notamment le Commandant Faly; les intervenants du site principal, la Croix-Rouge Malagasy, les acteurs alimentaires et logistiques , les militaires, les sapeurs pompiers d’Antananarivo , les médecins, paramédicaux et intervenants sanitaires (en particulier le Dr Rajaonarison, le DR Honoré, le Dr Naly, le Dr Hervé, le Dr Vadary ) et toutes les personnes sinistrées qui se sont montrées très dignes, courageuses dans cette épreuve.

Cette mission s’est déroulée dans de bonnes conditions grâce à toute l’énergie de l’équipe. Nous rentrons satisfaits du travail accompli, mais Il reste beaucoup à craindre et à faire.

Les excellents contacts et le très bon accueil de tous les malgaches laissent à penser que l’O.N.G P.U.I aurait toute sa place pour intervenir :

  • Dans l’urgence d’un prochain cyclone, pour sa compétence en Sauvetage Déblaiement et Secours d’Urgence, mais aussi dans le cadre de la formation, Sauvetage Déblaiement, secours routier.
  • Pour l’aspect médical et sanitaire il en est de même : dans les soins d’urgence et la formation dans la prise en charge para-médicale et médicale de victimes.

La Société Française de Médecine de Catastrophe et ses membres aux nombreuses compétences pourraient concourir à cette tâche avec P.U.I, car humainement, il nous parait urgent de répondre aux besoins prégnants actuels, et ce sans attendre la prochaine et inéluctable catastrophe, tout comme participer à la formation des personnels en matière de médecine de catastrophe et de gestion des populations à risque.

Dr Magali JEANTEUR (membre SFMC n° 1635)
Médecin SP.

La SFMC est tout à fait disposée à favoriser la création d’un groupe en son sein ayant pour but d’aider ou de participer directement à des aides en faveur de la population Malgache et de nos confrères insulaires. Pour cela adresser un mail à medecine.cata@gmail.com.