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Mission Ebola en Guinée


Nouvelles de Guinée :
Retour de mission du Dr Jean-Michel DINDART

Membre SFMC n° 1244

Février 2015, mission Ebola au centre de traitement Ebola (CTE) de Nzérékoré en Guinée forestière. Dr Jean Michel DINDART, SAMU 33 CHU de Bordeaux, Référent NRBC de Zone Sud-ouest, SFMC, EPRUS, Task-Force Ebola, ALIMA.

Après un faux départ avec l’EPRUS, et un passage d’une semaine à la « Task-Force Ebola » fin janvier, au centre de formation Ebola (CFE), centre exceptionnel, de l’UISC n °1 de Nogent le Rotrou, j’atterris au CTE de Nzérékoré le 7 février.

Ma mission est constituée des soins dans le CTE, de l’étude clinique « Favipiravir » de l’INSERM en tant que point focal, et la charge de médecin- évacuateur des soignants vers le centre de traitement des soignants (CTS) du service de santé des armées françaises, appuyé par le régiment NRBC des Dragons de FONTEVRAUD.

Le CTS est basé à Conakry, au sein de l’aéroport. Au total quatre soignants seront évacués du CTE, heureusement des non- cas. Un grand soulagement, quand, après deux heures de vol, le patient est conduit en brancard d’isolement en pression négative, au CTS et que les collègues du SSA prennent le relais.

Le CTE est dirigé par l’ONG ALIMA, comprend 40 lits, 250 agents nationaux et une trentaine d’expatriés. Il a été construit en un mois, en novembre 2014, par le programme alimentaire mondial (PAM), stratégiquement très bien placé à quelques kilomètres de l’aéroport, à la sortie de la ville. Nous sommes à 700 km à l’est de la capitale Conakry qui est le seul à disposer d’une structure de soins bien organisée, et à 2 heures de route au sud de Macenta.

Le laboratoire de biologie virologie Belge B-FAST, dans l’enceinte du centre, réalise les diagnostics Ebola par PCR en 2 heures 30, la chimie par I-Stat, puis par Piccolo. Le test paludisme rapide (HRP2), permet un traitement antipaludéen si le résultat est positif. Le CTE fonctionne depuis début décembre 2014. Il a reçu un total d’environ 148 patients et l’étude clinique Favipiravir a inclus 47 patients.

Le 12 mars 2015, lors de mon départ, le CTE est vide.

Le samedi de mon arrivée, il reste 8 patients Ebola confirmés survivants sur les 17 décédés dans des tableaux hémorragiques inhabituels, après l’afflux massif du week-end précédent …

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 Centre de Traitement Ebola ALIMA de Nzérékoré – Labo de bio-viro Belge B-Fast – Binômes sous EPI pour 1h

Je suis accueilli par mes confrères médecins, réanimateurs, infectiologues, qui me « briefent » rapidement. Le travail dans le CTE est bien rôdé, rotation des équipes toutes les 6 heures. Habillage en EPI complet ou « PPE » selon le guideline de MSF, travail en binôme, un expatrié et un national, durée obligatoire d’une heure, en zone rouge ou dans le « ward », déshabillage seul guidé par le « sprayeur » avec usage abondant d’eau de javel diluée à 0,5%. Nous sommes toujours deux ou trois médecins expatriés, renforcés par les médecins nationaux, Guinéens. La collaboration est parfaite, et les compétences excellentes. Les infirmiers, aide- soignants, hygiénistes, psychologues, logisticiens, lavandiers constituent le reste des effectifs. Les entrées sont souvent inopinées. Le patient est trié à l’admission. Après un interrogatoire selon des référentiels OMS, un examen clinique sommaire, la décision médicale de garder le patient est prise. La notion de «contact » est souvent difficile à établir. Les patients présentent une fièvre qui sera souvent très persistante. Ils sont très asthéniques, avec anorexie. Les signes digestifs sont très fréquents : douleurs épigastriques, nausées, vomissements, diarrhées. L’anémie et les troubles hémodynamiques souvent présent. Les signes hémorragiques sont plus rares.

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Déshabillage spervisé par “Sprayeur” Principe de marche en avant du triage vers zone rouge contaminée

En zone d’endémie, le paludisme est systématiquement évoqué, comme diagnostic différentiel, compte tenu des signes cliniques non spécifiques de la maladie Ebola. Le diagnostic sera exclu dans la majorité des cas.

Les soins et l’examen clinique en EPI complet sont réduits au minimum, pas d’oxygène, pas de plateau technique de réanimation de proximité. La réhydratation agressive sous le contrôle du ionogramme permettra de traiter notre dernière patiente sortie guérie, Rosalie 18 ans : 14 litres IV et 3 litres per os de SRO dans la nuit, de 18 h à 7 h du matin, avec des rotations toutes les 2 heures, à cause d’un syndrome diarrhéique cataclysmique au cinquième jour.

Nous disposons d’un large éventail thérapeutique et de moyens de protection conséquents.

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Brancard d’isolement en pression négative – Installation du patient pour évac. – Règles d’hygiène avec javel

La principale difficulté est la prise en charge précoce des patients. Il existe des poches de résistance où les cas contacts de la chaîne de transmission sont identifiés dans les villages par des acteurs de santé locaux et de terrain (ALIMA, CRG, MSF, OMS…). Mais il est très difficile d’extraire ces patients une fois symptomatiques pour les faire acheminer vers les CTE.

En septembre dernier, une mission d’information Ebola, composée du Préfet, des Directeurs de l’hôpital et de la clinique de Nzérékoré, ont été sauvagement assassinés. Bilan : 8 morts. Durant mon séjour, un patient identifié malade, n’est jamais arrivé au centre. Dans un autre village, le Préfet s’est fait « caillasser » au cours d’une visite. Les ambulanciers doivent entrer dans les villages pour extraire les patients avec beaucoup de prudence. Les enterrements sécurisés des décès communautaires sont une priorité. Dès qu’un décès est identifié, un prélèvement de salive pour une PCR est réalisé.

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Javel 0,05% et “No Touch policy”

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Incinération des DASRI

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Récupération matériels EPI à usage multiple

La vie en dehors du CTE, à la base, est très sobre, avec la hantise d’être malade, ce qui voudrait dire évacuation systématique en brancard d’isolement par avion au CTS de Conakry. La règle du « no touch policy » est appliquée scrupuleusement. Pendant la mission, on ne se serre plus la main, plus d’accolade, lavage des mains et des semelles à la javel diluée plusieurs fois par jour…. règles de sécurité obligatoires. Chimio prophylaxie anti -palustre, moustiquaires et répulsifs…. Seuls trois restaurants sont autorisés en ville. Nous disposons de téléphone, ordinateur portable, clef 3G et accès internet par Wi-Fi dans le CTE. La nuit, des gardes de l’armée Guinéenne surveillent l’hôtel.

Le bilan de cette mission est entièrement positif. Mission riche tant sur le point humain, que médical et scientifique. L’ensemble de la communauté internationale, médicale, scientifique est rassemblée sur ces trois pays de l’Afrique de l’Ouest autour de cette crise Ebola exceptionnelle. Nous recevrons régulièrement au CTE la visite de missions d’évaluation, d’organismes gouvernementaux, nationaux, internationaux…

Le 12 mars 2015, je quitte à regret mes amis Guinéens et collègues et retrouve à l’aéroport de Conakry, mes collègues de l’EPRUS qui me « thermo flashent » une dernière fois avant de rentrer par l’avion d’Air-France pour Paris. La « quarantaine » se résumera à une semaine de vacances avant de retrouver le travail au SAMU 33.

L’épidémie de maladie virale Ebola de la Guinée forestière, débutée il y plus d’un an, s’éteint. Elle s’est déplacée à l’ouest vers la capitale Conakry, Coyah, et Forécariah. Cette épidémie en Guinée prendra plus de temps que prévue pour disparaître. Subsisteront des foyers épars à la seule condition que tous les enterrements soient sécurisés, que tous les cas contacts de la chaîne de transmission soient identifiés, immédiatement isolés et traités dès l’apparition des premiers symptômes. Cette épidémie a mis à mal le système sanitaire national. Des épidémies de rougeole se développent à cause de l’arrêt des campagnes de vaccination.

Cette épidémie a bouleversé nos pratiques, jusqu’à nos établissements de santé.

Elle a permis grâce à cet élan international de démystifier et de mieux connaître cette maladie, de la prendre en charge plus efficacement grâce à une réanimation précoce, des traitements expérimentaux, mais aussi notamment, grâce à l’aide incontestable de la biologie virologie immédiate de proximité.