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La SFMC au Népal, projets

Mission prospective SFMC au Népal

25/11 au 17/12 2016

Chacun sait que le séisme du 25 avril 2015 a très violemment ébranlé le Népal. Suite à cette catastrophe sans précédent depuis 60 ans, le bilan fait état de 8 857 morts, 17 932  victimes, 275 disparus sans compter l’anéantissement de nombreux villages et villes avec  destruction de 638 979 maisons et immeubles, 310 194 fortement endommagées (sources IFRC au Népal). Ainsi, plus de 8 millions de népalais (sur une population totale de 27 millions, soit un sur trois) auraient été victimes directement de ce séisme. Empreint de sérénité bouddhiste mêlée d’hindouisme, non sans un certain fatalisme, le peuple népalais fait preuve d’une résilience exemplaire. Et si son  gouvernement apporte le soutien qu’il peut à sa population, il n’en demeure pas moins qu’après 18 mois, les blessures sont loin d’être guéries.

De nombreuses initiatives associatives internationales intervenues à l’issue du séisme, soutiennent encore de nombreux projets, comme l’association I.C.E.H, (International Centre of the Exploration of the Himalayas) qui a souhaité se donner une orientation plus humanitaire depuis lors, son Président Mr Maurice Duchene étant mariée à une femme népalaise originaire de la région de Gorkha, fortement touchée. Cette association apporte depuis son soutien financier et moral à la reconstruction d’école maternelles, primaires et de collèges dans cette région de villages reculés sinistrés et défavorisés. C’est donc ICEH qui a alerté le Dr Yves Prunier, Médecin SPV de Haute Savoie, membre de la SFMC, pour solliciter une aide en matière de formation de premiers secours dans ces écoles et auprès des guides avec lesquels ICEH est en contact étroit depuis de nombreuses années pour l’organisation de ses expéditions d’exploration. Moi-même membre du conseil d’administration de la SFMC, il m’a été proposé d’accompagner ce projet pour proposer des formations en médecine de catastrophe et  secours en milieux extrêmes. Le pharmacien Jean François Galpin, Pharmacien SPV de Gironde s’est joint à nous, ainsi que Mr Jean François Pernette, Président d’honneur de Centre Terre et chefs de nombreuses expéditions exploratoires aux 4 coins du globe qui ont fait l’objet d’ouvrages de référence.

Notre mission a commencée à Kathmandu et s’est déroulée du 26/11 au 30/11/16. Un simple tour en taxi dans cette ville de plus de  400 000 habitants trépidante et bondée, suffit pour constater la persistance des  dégâts matériels : immeubles effondrés, fissurés et le nombre impressionnant de chantiers de reconstruction, toujours en cours 18 mois après. Spectacle surprenant que ces femmes maniant le ciment qu’elles apportent dans leur dos à des hommes acrobates sur des échafaudages de bambous en tous genres…

–          Nous avons été reçus à la T.A.A.N (Trekking Agencies Association of Népal), organisme qui coordonne l’ensemble des agences de Trekking du Népal, 1200 membres dont 120 guides de haute montagne. La délégation qui nous reçoit est composée d’une vingtaine de personnes. a montré un vif intérêt à ce que leurs 120 guides puissent bénéficier d’une formation complémentaire, notamment pour tout ce qui concerne les manœuvres et les nouvelles techniques sur cordes (applicables en haute et moyenne montagne, canyoning, spéléologie) ainsi que les soins d’hygiène et de prévention des pathologies spécifiques à ces activités en milieu extrêmes et isolées. La formation des guides pourrait bénéficier d’une validation par certification d’un organisme agréé (gage de sérieux/assurances) et pourrait également permettre de repérer les personnes ressources qui pourraient bénéficier d’une formation de formateurs, afin de déployer les formations vers les porteurs sherpas (+ de 400 à l’heure actuelle) à l’avenir. Les périodes favorables sont en dehors de la saison touristique, à savoir décembre-janvier et aout-septembre. Les locaux de la TAAN et vidéoprojecteurs seraient mis à disposition pour les formations. Nous avons imaginé une première formation de 20 stagiaires  la deuxième quinzaine d’aout 2017 pour commencer.

–          Nous avons également été reçus par l’Alliance Française qui enseigne à 300 étudiants permanents par an et à des adultes par cours particuliers. Elle avait bénéficié de cours de secourisme pendant une dizaine d’année, à l’initiative d’un médecin français originaire des Hautes Alpes, grâce au support logistique et matériel d’une association savoyarde qui a pu ainsi délivrer plus de 1 000 diplômes AFPS, dont 500 par deux instructeurs népalais formés, tout ceci sous l’égide et les encouragements de l’Ambassade de France au Népal. Depuis que l’association a pris fin, il ne subsiste que quelques recyclages faute de temps des enseignants. L’Alliance Française serait très favorable pour relancer le processus. Une convention avec une association en France est nécessaire (l’ANISM, la Haute Savoie, ONG Pompiers Urgences Internationales?) ainsi que la caution  et le soutien officiel de l’ambassade de France au Népal. Les formations se dérouleraient sur 2j , 1 formateur pour 10 étudiants de l’Alliance française, soit 30 par semaine. Mr Rana conclue sur une note pertinente au sujet des enseignements qui devront être adaptés au public népalais qui manifeste un certain fatalisme face aux accidents de la vie… Sûr que son expérience de dix ans sera précieuse !

–          Le rendez-vous à l’Ambassade de France a eu lieu le lendemain. L’accueil de son excellence Mr l’Ambassadeur de France au Népal, a été très chaleureuse d’autant qu’il état en pleine sollicitation pour les recherches d’un français disparu. Il nous accorde son soutien, confirme l’attachement de l’ambassade aux actions de l’Alliance Française et promet des nous mettre en contact avec les responsables népalais de la gestion des catastrophes (Armée et Police). Il va contacter les services compétents népalais en tentant de nous obtenir des rendez vous avant notre retour en France. Nous le quittons plein d’espoir.

Du 29/11 au 1er décembre nous sommes allés à la rencontre des populations népalaises villageoises dans la campagne de la région de Gorkha, introduits par Maurice Duchene et son épouse afin d’évaluer la situation. Ces villages reculés sont difficiles d’accès (une journée de Jeep pour parcourir 150km sur des routes et pistes très détériorées et surchargée d’un trafic avec véhicules en tous genres). Certains ne bénéficient encore d’aucune infrastructure médicale ni soins de base. Les maisons détruites n’ont pas toujours pu être reconstruites faute de moyens financiers. De nombreux villageois ont élu domicile dans leurs étables, constructions vétustes en bois et toit en paille de riz ou tôle, reléguant leur faible bétail à un abri plus précaire encore. Partout néanmoins nous croisons des petits tas de briques, des tiges d’acier pour un futur béton armé, signe que les menues épargnes permettront peut être de reconstruire quand il y aura assez pour bâtir. L’aide du gouvernement semble en effet n’avoir atteint ces villages reculés que par un placard affiché avec un schéma conseil pour reconstruire un habitat selon des normes…antisismiques. Après plusieurs heures de marche à travers les cultures, nous visitons plusieurs écoles maternelles, primaires et collèges. Partout le même constat : des enfants et jeunes nous accueillant avec respect et  joie par leurs sourires radieux et leur mains jointes nous disant « Namasté », des enseignants dignes et impliqués, … et des locaux précaires faits de piliers de bois recouverts de tôles sans parois latérales, donc à l’air libre. La température en cette saison est encore supportable mais les mois d’hiver ou de mousson… ? Parfois quelques chantiers en cours de bâtiments en dur qui attendent des aides financières pour continuer… Accueillis avec chaleur et dignité dans ces villages, nous les quittons à regret, le cœur empli de reconnaissance et de projets…

Du 1er décembre au 12 décembre, nous avons fait un trek sur le balcon des Annapurnas et direction du Camp de Base de l’Annapurna (4130m). Outre le plaisir de découvrir la marche en Himalaya (beaucoup de dénivelés en montée et en descente dans des paysages ruraux et montagnards sur fond de sommets mythiques qui frisent les 8   000 mètres…), nous avons pu également constater les réalités du terrain qui conditionnent de grandes difficultés pour les secours. Pas de véhicules possibles sur ces chemins tortueux et escarpés, quelques mules jusqu’à 2 000 m d’altitude puis portage uniquement à dos d’hommes de toutes denrées, … ou victimes. Un seul centre de consultation croisé en 10 jours à Ghorépani (2 860 m), une pharmacie à Birethanti (1 100 m) et l’inauguration d’une future pharmacie à Chomgrung (2 170 m). De nombreux trekkeurs boitant avec des genouillères de fortunes, un touriste chinois croisé allongé sur le chemin à 4 000 m épuisé avec son guide désemparé, et pour finir un ballet d’aller et retour d’hélicoptères du Camp de Base de l’Annnapurna (A B C) vers Pokhara et Kathmandu pour rapatrier des touristes victimes du Mal Aigu des Montagnes… Aucun poste de secours ni caisson de décompression au Camp de Base, pourtant en zone stratégique. Des stèles commémoratives de plusieurs morts au A  BC et un français encore porté disparu ces jours ci, un jeune israélien retrouvé après plusieurs mois de recherches … Nous avons donc été confortés dans notre projet de formation!

Le 13,  nous sommes allés à Kushma Bazar… par la piste. Les ravins sont omniprésents sans barrières bien entendu. A Kushma, il y a un petit hôpital. Au milieu d’une passerelle de 370 m à 200 m de la gorge du torrent qui relie un versant à l’autre, nous avons croisé une évacuation d’une jeune femme portée sur un brancard par 6 hommes ?

Le 14/12 nous avons rejoint Kathmandu de Pokhara. Pour qui n’a jamais circulé au Népal,… il faut préciser que 250 km se parcourent par la route en une journée. Partis à 13 h en deux taxis, commence une épopée dantesque. Non seulement l’unique route n’est pas toujours carrossée, mais elle est  très empruntée par toutes sortes de véhicules : camions, bus, minibus, jeep, tracteurs, camions de transports, motos, vélos, piétons,… qui chacun tentent de forcer le passage systématiquement, avec force d’appuis au klaxon. Les face à face sont fréquents : sueurs froides pour occidentaux assurées, mais pas pour les népalais qui finissent toujours par s’arrêter, se faufiler, glisser sans une égratigner leurs carrosseries ou rétroviseur lésé… mais pas toujours à priori, puisque  que de nombreuses carcasses jonchent les bas côtés, que les ambulances passent fréquemment, que ne nombreux véhicules passent dans le ravin fatal du bas côté avec son cortège fréquent de morts… Aucune statistique bien sûr, aucun dénombrement de personnes fauchées…

Du 15 au 17/12, nous terminons notre mission par deux rendez vous majeurs, fruits de l’introduction de Monsieur l’Ambassadeur de France.

–          Le premier a lieu au Quartier Général de  l’Armée népalaise  avec les officiers en charge de la formation. Ils nous apprennent que l’armée népalaise  organise six semaines de formation à Jomson (au pied des Annapurnas à 2720 m) : 2 semaines secours en montagne, 2 semaines  secours glaciers, 2 semaines canyoning à l’intention des militaires mais qu’ils n’y associent pas la médicalisation des secours. Ils ont donc montré un vif intérêt pour bénéficier d’une formation associant leur service de santé et leurs officiers dans ce domaine au mois de mars ou juin, avec théorie et exercices de terrain en montagne Nous pourrions coordonner l’intervention des instructeurs de la Société Civile du Secours en Montagne (SM 74), et le PGHM de Haute Savoie et la SFMC pourrait fournir des médecins formateurs dans le domaine de la Médecine de Catastrophe. ICE Hymalayas pourrait se charger de l’organisation logistique des transports, de l’hébergement au Népal. Le programme de formation pourrait s’inscrire dans la durée sur plusieurs années. Une formation de formateur pourrait être envisagée en France.

–          La deuxième réunion organisée à l’initiative de l’Ambassadeur de France, a lieu à la Division du Management des Catastrophes népalaises, au Quartier Général de la Police. La séance a eu lieu sous la présidence  du Senior Superintendant of Police (directeur général du pôle catastrophes au Népal). Ce département a été créé il y a cinq ans en une unité à Kathmandu et s’est développé dans 5 régions à l’issue du séisme du 25/04/2015. Il comporte actuellement 125 personnels par région dédiés à la gestion des risques catastrophiques, soit 625 personnels au total, dont 450 sur la région de Kathmandu. Il fait partie du corps de la Police, lui même composé de 72 000 personnels déployés sur tout le territoire népalais jusque dans les régions de moyenne montagne. La Police assure la sécurité mais aussi les premiers secours, la lutte contre le feu en complément de petites équipes municipales, avec un champ d’action qui correspondrait à celui de notre police et de nos sapeurs pompiers français réunis. Ils possèdent leur propre service de santé avec des hôpitaux de la police. Leurs personnels médicaux n’interviennent pas en pré-hospitalier mais reçoivent les victimes triées et conditionnées par les premiers secours de la police. Ils ont un programme de formation national divisé en 5 modules : Secourisme, Recherche et Sauvetage de victimes en milieu urbain, Gestion de Crise, Techniques de Sauvetages, Service Incendies, tous  basés sur les guidelines INSARAG. Ils ne sont pas dans un processus de certification mais ont la ferme volonté de s’inscrire dans le processus au niveau national. Pour conclure notre compréhension de l’organisation népalaise en matière de secours, Mr Rai nous a confirmé que les secours sont assurés au Népal par la police en milieu urbain, en zone rurale, jusqu’en moyenne montagne ( 3 000 m) et que l’armée intervient en haute montagne, ainsi que  dans certaines situations d’envergure ou de catastrophes, les deux services intervenant alors ensemble. Il y a des formations distinctes pour la police et pour l’armée, mais il existerait une formation mixte dans les domaines de premiers secours et d’effondrements d’immeubles. Nos correspondants Népalais se sont montrés très intéressés par notre démarche de coopération et de proposition de formations. Deux domaines ont été retenus : nouvelles techniques de secours sur cordes, y compris s’appliquant au canyoning, grottes, immeubles élevés avec démonstrations de techniques de cordes dans différents milieux périlleux ou extrêmes ; formation des personnels de santé de la police à la médecine pré-hospitalière et médecine de catastrophe. N’étant pas eux-même en charge de ce service, ils proposent de mettre en relation la SFMC avec les responsables du service de santé de la police népalaise, afin que nos services et autorités puissent prendre contact.

En conclusion, cette première mission de prospection de la SFMC vers le Népal et ses acteurs du secours est un succès porteur d’espoirs qu’il conviendra de ne pas décevoir. L’heure est à la conception des projets, pour une mise en œuvre de qualité avec les acteurs motivés de la SFMC. Bien sur que nous vous tiendrons au courant de l’avancement de ces projets.

Magali JEANTEUR, Membre du CA de la SFMC, membre n° 1635,
MSPP SDIS 44, Medical Team Leader ONG PUI, Membre du Medical Working Group INSARAG
Jean-François GALPIN, membre n° 1303.            Yves PRUNIER, membre n° 1356,