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Epidémie Zika, actualités au 5 février 2016

Le Pr Michel CURÉ, membre n° 0922 de la SFMC, qui a alimenté la chronique Ebola pour la SFMC pendant de nombreux mois, vient de nous adresser le premier chapitre d’une nouvelle page de l’épidémiologie internationale : l’épidémie Zika.
Nous l’en remercions chaleureusement. H. JULIEN au nom de la SFMC.

Virus Zika – news n° 1

Arbovirus (arthropod-borne virus) émergent de la famille des flavivirus, le virus Zika a été identifié pour la première fois en Ouganda chez le singe en 1947, puis chez l’homme en 1952. Transmis par les moustiques du genre Aedes (en particulier A. aegypti et A. albopictus qui transmettent aussi la dengue, le chikungunya et la fièvre jaune), le virus Zika circule en Afrique, dans les Amériques, en Asie et dans le Pacifique. Son réservoir est inconnu.
Il a donné récemment des flambées dans le Pacifique (îles Yap en 2007 et Polynésie française en 2013), dans les Amériques (Brésil et Colombie) et en Afrique (Cap-Vert) en 2015. Parti du Brésil en juillet dernier, il a rapidement essaimé dans les pays d’Amérique centrale et du sud –ce sont au moins 21 pays qui ont été touchés en cette fin janvier 2016 . Quelques cas d’importation ont été signalés aux USA et au Canada, à Taiwan et en Europe dont en France.
Réunis en urgence le 1er février, les experts de l’OMS ont estimé que la rapide et alarmante expansion du virus avec ses conséquences neurologiques probables sont suffisamment préoccupantes pour constituer une « urgence de santé publique de portée mondiale » .

La maladie

Après une incubation dont la durée est mal connue (quelques jours), les symptômes, proches de ceux de la dengue, comportent un état de malaise, de la fièvre modérée, des éruptions cutanées (exanthèmes), des douleurs musculaires et articulaires, des céphalées et de la conjonctivite.
Généralement bénins (pas de mortalité connue), ils disparaissent sans traitement spécifique en 2 à 7 jours. De nombreux cas sont en outre asymptomatiques.

Des complications neurologiques auto-immunes à type de syndrome de Guillain-Barré ont été signalées et plus récemment l’augmentation de plus de 20 fois de l’incidence des microcéphalies chez les nouveau-nés coïncidant avec les grandes flambées épidémiques, en particulier au Brésil en 2015, ont conduit l’OMS à considérer cette épidémie comme inquiétante. Le lien de causalité entre virus Zika et microcéphalie est très probable comme en témoigne l’observation de la présence de virus dans le liquide amniotique de fœtus microcéphales , mais aucune preuve scientifique définitive n’y a encore été apportée , .

La physiopathologie de la maladie est gouvernée par l’activation plurifonctionnelle des cellules T (Th1, Th2, Th9, et Th17), observée pendant la phase aiguë de la maladie .

Transmission

Le virus est transmis par les piqures de moustiques du genre Aedes.
Il ne semble pas exister de transmission interhumaine, sauf peut être par voie sexuelle comme le suggère le CDC, du virus ayant été retrouvé dans le sperme d’un sujet polynésien .

Prévention et traitement

Il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique de la maladie.
Plusieurs compagnies réfléchissent aux possibilités d’adaptation de leurs plateformes de fabrication de vaccins au virus Zika (GSK, Sanofi), mais le virus n’est pas suffisamment connu pour aboutir rapidement
La seule prévention possible est de se protéger des piqures de moustiques (élimination des gîtes larvaires, répulsifs, écrans anti-insectes et moustiquaires, pesticide)

Evolution de l’épidémie

Après le Chili en 2014, le développement de l’épidémie de maladies à virus Zika est suivi par l’OMS avec des points de situation depuis la semaine 28.
Une alerte a été lancée par la Pan American Health Organization en mai 2015 et une alerte de niveau 2 à destination des voyageurs par le CDC .
Comme on peut le constater, l’extension de l’épidémie est rapide – en témoigne l’évolution de la répartition géographique des cas autochtones de la maladie.
– semaine 28 de 2015 : développement rapide des zones touchées au Brésil se poursuivant dans les semaines suivantes
– semaine 35 : apparition et généralisation en Colombie
– semaine 47 : le Suriname, le Guatemala et le Salvador sont à leur tour atteints
– semaine 48 : Venezuela, Paraguay, Mexique et Panama
– semaine 50 : Honduras
– semaine 51 : Martinique et Guyane française
– semaine 1 de 2016 : Haïti et Porto Rico
– semaine 2 : Bolivie, Guyane, Équateur, Guadeloupe, et la Barbade
– semaine 3 : République Dominicaine et Saint Martin
– semaine 4 : Nicaragua, Curaçao et Îles Vierges américaines.

D’autres pays ont été touchés par l’épidémie : le Cap-Vert (Afrique de l’ouest) en octobre 2015, les îles Samoa (Océanie) en novembre 2015

ProMed-mail rapporte dans son message du 28 janvier le nombre de cas identifiés dans les différents pays touchés. Compte-tenu des expressions cliniques de la clinique de la maladie, ces chiffres n’ont qu’une valeur toute relative. Cependant, le nombre de microcéphalies au 20 janvier et depuis octobre 2015 était de 3893 au Brésil .

Situation au Brésil

Quelques cas d’infection par le virus Zika avaient été détectés à Bahia en avril 2015.
En octobre, les médecins commencent à signaler une augmentation inhabituelle des cas de microcéphalies chez les nouveaux-nés et le 15 décembre, 134 cas de microcéphalies ont été soupçonnés d’être liés au virus Zika (déclaration du ministère de la Santé) alors que 2165 cas faisaient l’objet d’une enquête. Tous les cas confirmés de microcéphalies sont localisés dans 4 états du nord-est du pays, avec une plus forte incidence en Rio Grande do Norte qui a vu le nombre de cas passer de 1 en 2014 à 35 en 2015. Pour l’ensemble du pays, l’incidence habituelle de la microcéphalie a été en moyenne de 180 cas par an de 2010 à 2015.
La présence de virus dans le liquide amniotique, séquencé partiellement, renforce les soupçons de causalité.
Il existe deux types de virus Zika : africain et asiatique, tous deux principalement transmis par le moustique Aedes aegypti ; le virus circulant au Brésil est de type asiatique, similaire à celui associé à une épidémie survenue en Polynésie française en 2013. Dans cette zone, une augmentation des cas signalés de malformations du système nerveux central (syndrome polymalformatif) a été enregistrée au cours des années 2014-15, possiblement en relation avec la circulation du virus Zika et peut-être d’autres virus. En outre, une forte incidence du syndrome auto-immun de Guillain-Barré a été observée en association avec le virus Zika.
Le virus Zika aurait subi des changements importants pouvant expliquer son expansion récente.
Le virus utilise en effet la même machinerie cellulaire que celle de son hôte (les mêmes codons) pour sa réplication augmentant les titres viraux.
Hormis un cluster en Polynésie française en 2014, le Brésil est apparemment le seul pays où les microcéphalies ont augmenté avec l’épidémie et surtout dans les familles à faible revenu.
Enfin, l’importance de l’épidémie pourrait avoir été largement sous-estimée en raison du nombre important de formes asymptomatiques .

Données sur le virus

Très peu d’études ont été consacrées au virus Zika.

 Dans cette étude, les auteurs montrent qu’après une piqure de moustique, les fibroblastes dermiques, les kératinocytes épidermiques et les cellules dendritiques immatures sont permissifs à l’entrée du virus dans les cellules via principalement le récepteur phosphatidylsérine AXL. La réplication du virus conduit à l’activation d’une réponse immunitaire innée antivirale et la production d’interférons de type I dans les cellules infectées. Le virus est en effet sensible aux interférons de type I et II .

Ressources

L’OMS amis en ligne toute une série de documents concernant cette affection et sa prise en charge .
Quelques exemples :
– Zika virus (ZIKV) Surveillance in the Americas: Interim guidance for laboratory detection and diagnosis; 2015
– Provisional Remarks on the Zika virus infection in pregnant women: document for health care professionals – 25 January 2016
– Zika virus infection: step by step guide on Risk Communications and Community Engagement

Voir aussi :
– L’article d’Isabelle Catala du 26 janvier http://francais.medscape.com/voirarticle/3602073_2
– Le blog du Dr Peronne
http://francais.medscape.com/voirarticle/3602049
– L’article d’Eurosurveillance d’avril 2014
http://www.eurosurveillance.org/ViewArticle.aspx?ArticleId=20751

Michel Curé
Conseiller scientifique du Haut comité français pour la défense civile